31 mars 2017 - Le recours en annulation d’un refus du maire de constater la caducité d’un permis de construire n’est pas soumis aux formalités de notification de l’article R. 600-1 du code de l’urbanisme - P. Chauvin et C. Bauer-Violas

Plus de trente ans après l’instauration de l’obligation de notification des recours en matière d’urbanisme par la loi n° 94-112 du 9 février 1994 portant diverses dispositions en matière d'urbanisme et de construction, le Conseil d’Etat continue de préciser sa jurisprudence sur les actes soumis ou non à cette formalité.

On sait que l’ancien article L. 600-3 du code de l’urbanisme, devenu l’article R. 600-1, impose à l’auteur d’un recours en annulation d’une autorisation d’urbanisme de le notifier tant à l’auteur de l’acte qu’à son bénéficiaire.
L’ancienne rédaction de cet article, dans sa version issue de l’article 4 du décret n°2000-389 du 4 mai 2000 relatif à la partie réglementaire du code de justice administrative, s’agissant des recours soumis à l’obligation de notification, visait les recours critiquant « une décision relative à l’occupation ou l’utilisation du sol régie par le présent code ».
En application de ce texte, le Conseil d’Etat avait jugé que le recours dirigé contre une décision d’un maire refusant de constater la caducité d’un permis de construire était soumis aux formalités de notification des recours (CE, 27 mars 2000, Syndicat des copropriétaires de l’immeuble Le Lympia, Req. n° 205430). De même, le Conseil d’Etat avait retenu que la requête dirigée contre une décision juridictionnelle constatant l’absence de caducité d’un permis de construire devait être notifiée (CE 30 avril 2003, Secrétaire d’Etat au logement c/ SNC Norminter lyonnais, Rec. T. 1032).
On pouvait cependant avoir quelque doute sur la pertinence d’une telle solution.

En effet, les recours soumis à notification sont ceux mettant en cause la légalité d’une autorisation d’urbanisme. Or, la question de savoir si une autorisation d’urbanisme est caduque, relève non de sa légalité, mais de sa validité. Et c’est précisément la raison pour laquelle le Conseil d’Etat a constamment jugé qu’un moyen tiré de la caducité d’un permis de construire, du fait, par exemple, de l’interruption des travaux pendant une certaine durée, ne pouvait être utilement invoqué à l’appui de conclusions tendant à l’annulation d’un permis de construire (CE 6 mai 1970 Dejean, Rec. T. 1248 ; pour d’autres exemples : CE 6 octobre 1976 Ministre des Affaires culturelles et de l’environnement et Association des habitants de Roquebrune Cap Martin c/ SCI "L’Olivette", Req. n° 94443, CE 31 mai 1985 André, Req. n° 42868 ; CE 23 novembre 1998 Ville de Montpellier et S.C.I. du Puech d’Argent, Req. n° 157685).
Certes, on comprend aisément qu’un recours qui vise à faire constater, par le juge administratif, la caducité d’un permis de construire puisse porter atteinte aux droits du pétitionnaire, pour autant on ne voit guère comment cette question peut avoir un rapport, même éloigné, avec la légalité d’un tel permis.
Quoi qu’il en soit, la rédaction de l’article R. 600-1 du code de l’urbanisme a été modifiée par l’article 12 du décret n° 2007-18 du 5 janvier 2007 pris pour l’application de l’ordonnance n° 2005-1527 du 8 décembre 2005 relative au permis de construire et aux autorisations d’urbanisme.

Désormais, l’article R. 600-1 du code de l’urbanisme énumère les décisions pour lesquelles le recours doit faire l’objet d’une notification à savoir « un certificat d’urbanisme, une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou un permis de construire, d’aménager ou de démolir ».
A une première lecture rapide de la nouvelle rédaction de l’article R. 600-1, on aurait pu penser que les modifications, hormis les précisions apportées sur les actes, avaient été purement formelles.
Au contraire, la comparaison des deux textes est particulièrement éclairante : alors que l’ancien texte n’énumérait pas les actes pour lesquels le recours devait être notifié puisque se limitant à évoquer la catégorie vaste des décisions relatives à l’occupation ou l’utilisation du sol, la nouvelle rédaction énumère les actes soumis à notification.
La question posée par le litige était donc de savoir si la circonstance que la nouvelle rédaction de l’article R. 600-1 du code de l’urbanisme ne citait pas la décision de refus d’un maire de constater la caducité d’un permis de construire remettait en cause l’obligation de notifier le recours contre ce type de décision, comme l’avait jugé, sous l’empire de l’ancien texte, le Conseil d’Etat dans son arrêt Syndicat des copropriétaires de l’immeuble Le Lympia.
Mais la réponse à cette question était dictée par une précédente décision du Conseil d’Etat, restée trop discrète.
En effet, dans son arrêt du 9 octobre 2015 Commune de Lauzet sur Ubaye (Req. n° 384804), le Conseil d’Etat avait jugé que le recours dirigé contre une autorisation d’unité touristique nouvelle (UTN) n’était pas soumis aux formalités de notification, aux motifs que
« les dispositions de l’article R. 600-1, dans leur rédaction issue du décret du 5 janvier 2007, n’imposent la notification d’un recours administratif ou contentieux, à peine d’irrecevabilité du recours contentieux, que lorsque le recours est dirigé contre un certificat d’urbanisme, une décision de non-opposition à déclaration préalable ou un permis de construire, d’aménager ou de démolir ; que les décisions qui sont ainsi limitativement visées par l’article R. 600-1 sont celles qui sont régies par les dispositions du livre IV du code de l’urbanisme ; que la décision autorisant la création d’une unité touristique nouvelle, prise sur le fondement de l’article L. 145-11 du code de l’urbanisme, n’est pas au nombre de ces décisions ».

La motivation de l’arrêt est sans ambiguïté : les recours soumis aux formalités de notification sont ceux qui visent les décisions limitativement énumérées par l’article R. 600-1 du code de l’urbanisme. En d’autres termes, dès lors qu’une décision n’est pas visée par cet article, le recours contre celle-ci n’est pas soumis à notification.
Ainsi, le changement textuel résultant du décret du 5 janvier 2007 n’était pas de pure forme puisque désormais il faut se reporter à la liste exhaustive des actes pour lesquels le recours doit être notifié pour savoir s’il y a lieu ou non de notifier la requête en annulation.
Et c’est en appliquant cette solution que le Conseil d’Etat, par l’arrêt ici commenté, s’est contenté de relever qu’une décision d’un maire refusant de constater la caducité d’un permis de construire n’était pas au nombre des décisions limitativement énumérées par l’article R 600-1 du Code de l’urbanisme, pour juger que le recours dirigé contre une telle décision n’était pas soumis à notification.
La solution fait donc une application littérale du texte de l’article R. 600-1 du code de l’urbanisme, solution qui n’était d’ailleurs pas partagée par le rapporteur public qui considérait que l’objectif de sécurité juridique du pétitionnaire devait imposer la notification du recours et justifier le maintien de la solution de l’arrêt Syndicat des copropriétaires de l’immeuble Le Lympia.

Cet arrêt est également intéressant sur une autre question en matière de contentieux de l’urbanisme car il fait le point sur la définition de l’intérêt à agir d’un requérant contre un permis de construire modificatif.
On sait que l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme a donné une définition plus stricte de l’intérêt à agir du requérant contre un permis de construire que celle qui avait été dégagée auparavant par une jurisprudence abondante. On sait aussi que si les tribunaux administratifs semblent avoir eu, dans les premiers mois d’application de ce nouvel article, une interprétation sévère de l’intérêt à agir en usant notamment des ordonnances de rejet pour irrecevabilité manifeste, la jurisprudence du Conseil d’Etat a, semble-t-il, permis de revenir à un certain équilibre entre le droit au recours et la sécurité juridique du titulaire d’une autorisation d’urbanisme.

D’une part, le Conseil d’Etat rappelle les principes régissant l’intérêt à agir. Il énonce qu’
« il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d’un recours pour excès de pouvoir tendant à l’annulation d’u permis de construire, de démolir ou d’aménager, de préciser l’atteinte qu’il invoque pour justifier  d’un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d’affecter directement les condition d’occupation, d’utilisation ou de jouissance de son bien »
et précise comment s’apprécie cet intérêt à agir contre un permis de construire modificatif :
« Lorsque le requérant, sans avoir contesté le permis initial, forme un recours contre un permis de construire modificatif, son intérêt pour agir doit être apprécié au regard de la portée des modifications apportées par le permis modificatif au projet de construction initialement autorisé. »
L’arrêt retient également qu’eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d’un intérêt à agir lorsqu’il fait état devant le juge, qui statue au vu de l’ensemble des pièces du dossier, d’éléments relatifs à la nature, à l’importance ou à la localisation du projet de construction.

D’autre part, le juge de cassation contrôle, au titre de la qualification juridique des faits, l’absence d’intérêt du requérant contre un permis de construire et censure l’ordonnance qui avait dénié un tel intérêt. Plus précisément, il retient qu’ en jugeant que les requérants n’avaient pas d’intérêt à agir contre le permis de construire alors que « les requérants avaient établi être propriétaires d’une maison à usage d’habitation située à proximité immédiate de la parcelle d’assiette du projet et avaient produit la décision attaquée, de laquelle il ressortait que le permis litigieux apportait des modifications notables au projet initial, affectent son impanation, ses dimensions et l’apparence de la construction, ainsi que divers clichés photographiques pris depuis leur propriété, attestant d’une vue directe sur la construction projetée », le tribunal a inexactement qualifié les faits de l’espèce.

Patrick Chauvin et Catherine Bauer-Violas